Editos

Sur le fair open access, synthèse de Texto...

SUR L’INFORMATION SCIENTIFIQUE
1. C’est quoi le problème ? :-(
Un petit film édifiant sur des enjeux (notamment économiques) de
l’édition scientifique, sur la chaîne Youtube Data Gueule, épisode 63
du 17 octobre 2016 : "Privés de savoir ?"
https://www.youtube.com/watch?v=WnxqoP-c0ZE&feature=youtu.be
Résumé :
Dans le monde de la recherche scientifique, publier ses travaux est un
passage obligé. Cela permet aux chercheuses et chercheurs de faire
connaître leur travail mais aussi d’être identifié par leurs pairs et
pourquoi pas d’obtenir un poste, à condition d’être publié dans les
bonnes revues. Sauf que cette mécanique de publication -qui permettait
à la base de faire circuler le savoir- est devenue une vraie chasse
gardée économique : celle des éditeurs scientifiques. Quelques grands
noms comme le néerlandais Elsevier ou le groupe Springer/Nature se
partagent un marché juteux et privatisent au passage des travaux
scientifiques la plupart du temps financés par des fonds publics.
Sources de quelques éléments du commentaire :
* "34% de marge et une rentabilité 4 fois supérieure à ses camarades
à la bourse de Londres : bienvenue dans le monde de l’édition
scientifique !"
-> Financial Times, November 15, 2015 : "Elsevier leads the business
the internet could not kill"
https://is.gd/D8MJxj [accès sur abonnement]
* "Chaque année, les abonnements à ces journaux génèreraient
7.6 milliards d’euros de chiffre d’affaire."
-> A Max Planck Digital Library Open Access Policy White Paper :
"Disrupting the subscription journals’ business model for the
necessary large-scale transformation to open access"
https://is.gd/xU4duR
http://pubman.mpdl.mpg.de/pubman/item/escidoc:2148961:7/component/escidoc:2149096/MPDL_OA-Transition_White_Paper.pdf
* "En 2015, en Grèce, le portail public diffusant les publications
scientifiques suspend son service, faute de fonds."
-> Nature News, July 2, 2015 : "Greek scientists lose access to
digital journals"
https://is.gd/WfDa2Y
http://www.nature.com/news/greek-scientists-lose-access-to-digital-journals-1.17908
* "En 2016, là aussi pour des raisons budgétaires, l’université de
Montréal a renoncé à 2.116 revues du géant Springer/Nature pour n’en
garder que 150."
-> TVA Nouvelles, 9 mai 2016 : "L’Université de Montréal renonce à
2116 abonnements pour ses bibliothèques"
https://is.gd/SscDjV
http://www.tvanouvelles.ca/2016/05/09/luniversite-de-montreal-renonce-a-2116-abonnements-pour-ses-bibliotheques

2. Aux dernières nouvelles, en France : des avancées en matière de
diffusion numérique :-)
* Pour les articles scientifiques :
La loi pour une République numérique, adoptée le 28 septembre 2016,
et promulguée le 7 octobre 2016, précise :
"Lorsqu’un écrit scientifique issu d’une activité de recherche
financée au moins pour moitié par des dotations de l’État, des
collectivités territoriales ou des établissements publics, par des
subventions d’agences de financement nationales ou par des fonds de
l’Union européenne est publié dans un périodique paraissant au moins
une fois par an, son auteur dispose, même après avoir accordé des
droits exclusifs à un éditeur, du droit de mettre à disposition
gratuitement dans un format ouvert, par voie numérique, sous réserve
de l’accord des éventuels coauteurs, la version finale de son
manuscrit acceptée pour publication, dès lors que l’éditeur met lui-
même celle-ci gratuitement à disposition par voie numérique ou, à
défaut, à l’expiration d’un délai courant à compter de la date de la
première publication. Ce délai est au maximum de six mois pour une
publication dans le domaine des sciences, de la technique et de la
médecine et de douze mois dans celui des sciences humaines et
sociales."
Pour davantage de précisions, voir :
http://www.couperin.org/261-couperin/nos-activites/groupes-de-travail-et-projets-deap/a-la-une/1277-loi-pour-une-republique-numerique-definitivement-votee?platform=hootsuite
* Pour les ouvrages :
Pour les ouvrages dont le contrat d’édition est antérieur au
1er décembre 2014 : à partir du 1er décembre 2016, si l’éditeur n’a
pas proposé de mise à jour du contrat avec un nouveau contrat
spécifiquement sur le numérique, et s’il n’a pas de projet de
publication numérique de l’ouvrage à court terme, l’auteur peut
retrouver tous ses droits pour faire/diffuser des éditions numériques
de son texte :
https://www.actualitte.com/article/lecture-numerique/droits-numeriques-l-echeance-du-1er-decembre-cruciale-pour-auteurs-et-editeurs/66576
Depuis 2014 les contrats auteur doivent comporter deux parties
indépendantes, l’une pour l’édition papier, l’autre pour l’édition
numérique, cette dernière devant être révisée plus souvent.
D’une façon générale l’auteur peut reprendre ses droits d’exploitation
numérique lorsque l’éditeur n’a pas procédé à la publication numérique
de l’oeuvre dans un certain délai (max. quatre ans à compter de la
signature du contrat d’édition).
Document de référence : l’accord du 1er décembre 2014 entre le Conseil
permanent des écrivains et le Syndicat national de l’édition sur le
contrat d’édition dans le secteur du livre, qu’on peut consulter sur
Legifrance :
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000029966188

Disparition de Martiros Minassian (1926-2016)

Martiros Minassian a été le premier titulaire du Centre de recherches arménologiques de l’Université de Genève.

Le Centre de recherches arménologiques de l’Université de Genève a le triste devoir d’annoncer la disparition de Martiros Minassian, survenue le 2 juillet dernier à Contamines sur Arve, et dont la nouvelle nous parvient seulement maintenant.

Originaire d’Akcay (près d’Alexandrette), où il était né en 1926, Martiros Minassian avait obtenu sa première formation auprès du monastère de Bzommar, au Liban. En 1947, il s’était établi en Arménie, où il avait parfait sa formation à l’Institut Brusov et à l’Université d’Etat d’Erevan, auprès de laquelle il avait obtenu un doctorat en linguistique et philologie arméniennes. Il avait ensuite collaboré avec l’Institut de linguistique de l’Académie des Sciences d’Arménie (1960-1962) et avec l’Université d’Etat d’Erevan (1966-1970). En 1971-1974, il avait enseigné l’arménien classique au monastère Saint-Jacques de Jérusalem et à l’Université hébraïque de la même ville.

M. Minassian a été le premier responsable du Centre de recherches arménologiques de l’Université de Genève, créé en 1974, suite à un accord entre la Fondation des Frères Ghoukassiantz et le Département de l’instruction publique du Canton de Genève. Comme il aimait le rappeler, engagé en tant que chargé de recherches, peu après le début de son activité, il avait proposé au Doyen de l’époque de transformer son poste en une charge de recherche et d’enseignement, proposition qui fut acceptée. Dans cette première phase, le cursus en études arméniennes ne fut pas reconnu comme branche officielle de la Faculté, mais seulement comme branche à option (sans plan d’études), rattachée au russe. Cette démarche, ainsi que l’enseignement de la langue arménienne (ancienne et moderne) assuré régulièrement dans les années suivantes, constituent néanmoins le présupposé de tous les développements à venir. On rappellera que le Centre est actuellement une chaire à part entière et qu’il offre une formation complète en langue, littérature et civilisation arméniennes anciennes et modernes, au niveau du bachelor, du master et du doctorat.

Très sensible aux questions didactiques, Minassian est l’auteur de manuels et de grammaires de la langue arménienne dans ses trois branches (ancienne, moderne occidentale et moderne orientale). Il est également l’auteur de très nombreux ouvrages et articles scientifiques portant sur la langue arménienne ancienne, ainsi que d’une édition du Contre les Sectes d’Eznik (Ve siècle), accompagnée de notes et concordances (Genève 1992). Parmi ses derniers travaux, il convient de citer la Grammaire descriptive de l’arménien classique (publiée également en arménien), Genève 1996, Naxnik‘ (édition des corrections textuelles de Norayr Buzandatsi chez les anciens auteurs arméniens, d’après l’original déposé à la Bibliothèque universitaire de Göteborg), Genève 1996, ainsi que la nouvelle édition de son Cours intensif d’arménien ancien (Lisbonne, 2002).

Centre de recherches arménologiques, et en particulier Valentina Calzolari et Bernard Outtier, qui avaient succédé à M. Minassian en 1993, rendent hommage à l’activité du premier titulaire du Centre et tiennent à exprimer à la famille du collègue disparu leurs condoléances les plus sincères.

Open Access, au prix de la mémoire

Les collègues qui diffusent et approuvent cette pétition pour l’Open Access des revues scientifiques visent Elzevier et autres gangsters de même farine. Ce faisant, ils semblent ne pas imaginer qu’un jour, internet pourrait bien s’effondrer sous son propre poids, ou à la suite d’une fausse manoeuvre. Alors que restera-t-il de leur mémoire ? Et que vaut une recherche sans mémoire ? Pourquoi ne pas quitter les revues anglo-américaines pour des revues européennes SUR PAPIER AUSSI ? Tant que je n’aurai pas de réponses à ces questions, on ne me fera pas signer cette roulette russe de la connaissance !

POUR UNE SCIENCE OUVERTE À TOUS
LE MONDE SCIENCE ET TECHNO du 07.03.2016 à 16h32 • Mis à jour le 08.03.2016 à 15h26
EN TANT QUE CHERCHEURS, NOUS CONSIDÉRONS QUE LES RÉSULTATS DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE CONSTITUENT UN BIEN COMMUN QUI APPARTIENT À TOUS ET QUI DOIT CIRCULER LE PLUS LARGEMENT POSSIBLE. A CE TITRE, NOUS NOUS RÉJOUISSONS DU VOTE DE LA LOI NUMÉRIQUE À L’ASSEMBLÉE NATIONALE LE 26 JANVIER ET SOUHAITONS QUE LE SÉNAT LE CONFIRME EN APPROUVANT CE TEXTE DANS LES MÊMES TERMES.
Chercheurs de toutes les disciplines, nous pensons que la littérature scientifique peut sauver des vies, à la condition absolue de son entière et immédiate disponibilité pour tous. Parmi d’autres, le cas du virus Ebola en est un exemple avéré. toutes les disciplines, de la médecine à l’anthropologie, de la biologie à l’économie, de l’épidémiologie à la gestion interculturelle, du droit à l’éthique, auraient dû pouvoir être mobilisées sans délai et sans barrière, pour permettre une réaction adaptée à la complexité et à l’urgence de la situation  : détecter l’épidémie, élaborer un traitement, déployer un plan d’urgence, concevoir une stratégie préventive pour l’avenir, mais aussi prendre en compte la complexité des situations culturelles locales et gérer l’après-épidémie, notamment en abordant la question des survivants et de leur réintégration dans la société…
UN OBSTACLE À LA LARGE DIFFUSION DU SAVOIR SCIENTIFIQUE
Dans un tel contexte d’interdisciplinarité, et à l’échelle de la planète, tout cela devient difficile, pour ne pas dire impossible, sans l’accès ouvert à tous les résultats de la recherche, ancienne, récente ou en cours.
Chercheurs et citoyens, nous considérons que l’accès payant aux résultats de la recherche constitue un obstacle à la large diffusion du savoir scientifique à destination de l’ensemble des disciplines, mais également des étudiants, des enseignants du secondaire et du primaire, des journalistes, du personnel politique, des administrations, des organisations non gouvernementales et des citoyens. Il renforce les inégalités entre les universités riches et les établissements pauvres, entre les métropoles universitaires et les périphéries, entre les grands groupes et les PME, entre les experts et les citoyens, entre les Nord et les Sud, dans un monde au sein duquel l’accès à la connaissance est une clé du progrès économique et social, de la santé publique, de l’innovation technologique, de la maturité démocratique et de la réussite environnementale.
« LA MAJORITÉ DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE EST FINANCÉE PAR DES FONDS PUBLICS ET ELLE DOIT REVENIR À TOUS CEUX QUI L’ONT FINANCÉE »
Chercheurs financés par l’Etat, nous souhaitons indiquer que, contrairement aux acteurs de la création artistique et culturelle, nous ne soyons pas rémunérés par les éditeurs pour nos publications dans les périodiques. La majorité de la recherche scientifique est financée par des fonds publics et elle doit revenir à tous ceux qui l’ont financée. Nous cherchons avant tout à ce que nos articles soient disponibles, lus, cités, exploités, améliorés pour participer au mieux au grand mouvement de la recherche.
Par conséquent, l’accès ouvert est une occasion qu’il ne faut pas laisser passer pour permettre à nos travaux d’être utilisés partout dans le monde, par d’autres collègues, bien entendu, mais également par la société. Contrairement à ce que certains affirment un peu vite, l’accès ouvert ne va pas réduire la visibilité de nos travaux, mais l’accroître dans des proportions inédites. Cette diffusion large des travaux scientifiques se fera bien dans l’intérêt des chercheurs et de la recherche.
Chercheurs inscrits dans des communautés mondialisées, nous invitons la France à ne pas accroître le retard qu’elle a déjà accumulé dans le domaine de la diffusion de la science ouverte. Alors que l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne, les Etats-Unis, le Mexique et l’Argentine se sont dotés de législations favorables à l’accès ouvert, nous souhaitons que notre pays rejoigne le mouvement de la science ouverte à tous, sans discrimination de richesse, de culture ou de géographie.
Alors que les sciences physiques et les mathématiques ont montré la voie dès 1991 et sont aujourd’hui quasiment en accès ouvert à 100 % grâce à arXiv, nous appelons les autres disciplines à faire de même, en utilisant HAL, infrastructure nationale de dépôt des articles en archives ouvertes, ou l’archive ouverte de leur établissement connectée à HAL.
Chercheurs soucieux de la qualité des publications scientifiques, nous souhaitons renforcer la capacité des revues à sélectionner, éditer, labelliser et diffuser les articles de qualité. L’accès ouvert est déjà en marche. Nous assistons à une multiplication d’initiatives innovantes, qui s’appuient sur le modèle de l’accès ouvert pour valider, mettre en forme et diffuser des connaissances plus solides, plus riches, plus universelles, notamment grâce à l’évaluation ouverte. En France, nous pouvons déjà compter sur de belles initiatives comme EDP Open (science-technique-médical) ou OpenEdition (sciences humaines et sociales).
« NOUS INVITONS LES SÉNATEURS À VOTER L’ARTICLE 18 EN S’ASSURANT QUE LES CHERCHEURS NE DOIVENT PAS SOUMETTRE LA FOUILLE DE DONNÉES À DES NÉGOCIATIONS AVEC UN TIERS  : LA FOUILLE DE DONNÉES DOIT DEVENIR UN DROIT »
A côté du marché captif et des profits injustifiés des multinationales de l’édition, nous assistons à l’émergence de nouveaux modèles économiques pour l’accès ouvert, éthiques et équilibrés, qui garantissent une édition de qualité réalisée par des professionnels normalement rémunérés. Il faut les soutenir.
Pleinement conscients du fait que l’accès gratuit pour le lecteur a un coût, nous appelons les acteurs publics et privés qui concourent à l’édition scientifique à aller de l’avant et, pour que cessent les malentendus, à faire évoluer ensemble leurs modèles économiques, notamment en redéfinissant leurs complémentarités. Le projet de «  plan d’accompagnement au passage à l’Open Access pour les éditeurs français  » est, dans ce sens, un signal fort du législateur dont il convient de s’emparer de façon positive.
Chercheurs engagés dans la production de nouvelles connaissances, nous invitons les sénateurs à voter l’article en faveur du «  TDM  » (text and data ­mining, fouille de textes et de données), qui permettra d’extraire, de l’ensemble de la production scientifique mondiale, de nouvelles connaissances grâce à l’exploitation automatisée, à l’aide d’algorithmes, de corpus désormais gigantesques.
L’ACCÈS OUVERT EST AU CŒUR DE NOS MISSIONS DE PRODUCTION
En effet, l’accès aux résultats de la recherche scientifique ne donnera sa pleine mesure qu’à la condition d’en permettre une exploitation non bridée. Le traitement informatique par les chercheurs des centaines de milliers d’articles publiés chaque année permettra de produire de nouvelles synthèses et d’extraire de nouveaux savoirs.
Nous invitons les sénateurs à voter l’article 18 bis en s’assurant que les chercheurs ne doivent pas soumettre la fouille de données à des négociations avec un tiers  : la fouille de données doit devenir un droit.
Chercheurs soucieux de l’intérêt public et du bien commun, nous considérons que l’accès ouvert est au cœur de nos missions de production et de diffusion du savoir. Nous appelons au développement d’une science citoyenne, ouverte à tous, et invitons les sénateurs à voter la loi pour une République numérique, en particulier l’article 17, favorable à l’accès ouvert.

Table ronde de l’ASL sur l’édition en SDL, 29 janvier...

Table ronde organisée par l’Association des sciences du langage
Vendredi 29 janvier 2016, de 15 heures à 17 heures
en Sorbonne, 46 rue Saint Jacques, Salle V, 3 étage

animée par Alain RABATEL
Professeur des universités, président de l’ASL
avec
Marc ARABYAN
Professeur honoraire des universités
Directeur éditorial des Éditions Lambert-Lucas
François BESSIRE
Professeur des universités
Directeur des Presses universitaires de Rouen et du Havre
Jean PRUVOST
Professeur des universités
Directeur éditorial des Éditions Honoré Champion

Les statistiques les plus récentes concernant l’économie de l’édition font apparaître que l’édition universitaire est n° 1 mondial devant l’édition technique et encyclopédique, l’édition scolaire et la sacro-sainte librairie générale et de divertissement (essais, romans) classée troisième. Cette situation se comprend quand on voit la prospérité du groupe Elsevier (propriétaire du Salon du Livre de Paris, soit dit en passant), premier trust mondial de l’édition scientifique, ou la façon dont les Éditions Odile Jacob exploitent les « studies » anglo-américaines. Mais ce classement semble incompréhensible en France où le rayon « linguistique » des librairies est réduit à une peau de chagrin quand il n’est pas littéralement défunt, phagocyté par les rayons « philosophie », « manuels de langues » ou « dictionnaires », quand ce n’est pas par le rayon « polars » avec des titres comme Le Linguiste était presque parfait ou La Septième Fonction du langage.
Cela dit, l’idée de cette table ronde ne nous est pas venue de la fréquentation des librairies, mais de ce qu’un collègue linguiste nous a signalé que la librairie Soleil Noir de Lille (les noms ont été changés) a refusé d’organiser une soirée de présentation-dédicace pour son tout dernier livre au prétexte déclaré sans complexe et par écrit que : « Les sciences du langage ne font plus recette, la linguistique n’est plus la science phare qu’elle a été dans les années 1960 et 1970. Le grand public cultivé et même les professionnels des SHS, chercheurs et enseignants, s’en sont détournés. Tous ces livres, thèses, HDR et actes de colloque tiennent un discours abscons, hyperspécialisé, tout juste compréhensible par un petit cercle d’initiés. Il en sort des centaines par an, mais on ne vend quasiment plus rien. Du coup on n’expose quasiment plus rien non plus sur les tables ou en vitrine. Si on organise une soirée, personne ne viendra, on ne vendra rien, et j’aurai perdu mon temps. Les gens ne se dérangent plus pour ça. Le jeu ne vaut pas la chandelle. »
Ce diagnostic sincère et brutal n’est pas sans interpeller, d’autant que nous savons tous qu’il n’est pas sans rapport avec une situation que nous sommes les premiers à déplorer parce que nous en sommes les premières victimes : le système du « Publish or perish » créé par l’accord de Bologne et la convention de Lisbonne mettant en place en Europe l’économie libérale des connaissances, renforcée par les politiques de réduction des dépenses publiques et par la LRU Sarkozy-Pécresse de 2008 qui ont mis les universités sur les rails de la privatisation via le financement par des fondations et des partenariats public-privé.
Notre intention n’est cependant pas de sonner le tocsin dans le désert en revenant sur le passé politique de l’Europe à la sauce Chicago, mais de débattre de façon positive sur des questions immédiates telles que : Comment réconcilier les libraires avec la linguistique ? Comment mieux promouvoir nos travaux en librairie ? Et de questions à plus long terme telles que : Comment amener les linguistes à des domaines et à des thématiques de recherche qui soient attractifs pour l’ensemble de l’université ? Comment travailler la discipline pour amener le public à en redécouvrir l’intérêt ? Comment s’allier aux autres sciences humaines pour faire pression sur les décideurs européens ? Comment réhabiliter la qualité contre la quantité actuellement triomphante ?
Les personnalités invitées débattront entre elles pendant une heure puis un débat s’engagera avec le public
Les participants se muniront de leur carte professionnelle ou de leur carte d’étudiant pour pénétrer sur le site. À défaut, ils présenteront l’annonce de la table ronde

Didier Raoult, Le Point

(en ligne le 30.12.15)

LE POPULISME SE NOURRIT DE L’IGNORANCE EN SCIENCES HUMAINES

Nos débats politiques tiennent du café du commerce. Une tendance qui prend sa source dans la tyrannie des mathématiques et le mépris des sciences humaines.

par Didier Raoult

L’ignorance de l’histoire, de la géographie, de la philosophie, des bases de la santé, de la littérature, de l’économie ou du droit affaiblit le niveau du débat politique.
 Les dernières élections régionales ont été marquées par le triomphe des populistes qui se réinventent un passé fictif, de « nos ancêtres gaulois » aux « Français de souche ». Cela résulte en partie de l’ignorance de la plupart de nos technocrates qui transforment les débats politiques en conversations de café du commerce, mais aussi de la dérive de l’éducation au lycée.
 La primauté au « tout-maths » est à la fois surréaliste et déconnectée de la réalité dans un monde qui a vu augmenter de façon spectaculaire l’emploi dans les services et le tertiaire. La proportion d’individus qui a utilisé dans sa vie les fonctions mathématiques complexes ou la trigonométrie est ridiculement faible. Au contraire, l’ignorance de l’histoire, de la géographie, de la philosophie, des bases de la santé (anatomie, nutrition, infection, cancer), de la littérature française et internationale, de l’économie, du droit est dangereuse et affaiblit le niveau du débat politique. Ces domaines nourrissent l’information quotidienne, mais ils sont aussi essentiels pour comprendre le monde et garder de la distance avec les actualités les plus bruyantes.
 Les données objectives vilipendées par le faux bon sens
 Avec les maths à tout prix, on a fait une génération d’ignorants, tandis que les matheux, considérés comme l’élite des étudiants, ont une arrogance qui leur permet de bloquer toute évolution, au nom d’une rationalité qui n’a pas cours dans les affaires humaines. Quant à la spécificité française, ces grandes écoles, extérieures à l’université, souvent déconnectées de toute recherche, elles négligent les connaissances nouvelles issues de la recherche scientifique. La faible performance de la France dans ce domaine traduit le désintérêt et explique le niveau général des débats. Ceux sur la prison, par exemple, reflètent cette indigence intellectuelle où conversations de bistrot et fausses évidences dominent contre études sociologiques et expérience de terrain des avocats !
 L’idée que la recherche et l’expérience peuvent être remplacées par l’opinion et le faux bon sens mine le discours politique. Pire encore, les scientifiques qui travaillent sur des données objectives en sciences humaines et sociales sont vilipendés par ceux qui ne connaissent rien à la recherche et font profession d’expliquer les problèmes sociaux.
 Actuellement, pour donner à leurs enfants une chance de survie au tri imbécile des maths, il faut opter pour la terminale S. Les familles les plus aisées peuvent compléter ce cursus obligatoire par une formation supplémentaire en sciences humaines. Histoire, au moins, de ne pas mourir idiot !

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/didier_raoult/raoult-le-populisme-se-nourrit-de-l-ignorance-en-sciences-humaines-30-12-2015-2006013_445.php#xtor=RSS-221

À lire aussi :

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/didier_raoult/raoult-lycee-la-faillite-des-sciences-humaines-23-09-2015-1967242_445.php

Najat Vallaud-Belkacem répond au CREO de la...

Bonjour,
Le CREO de la Talvera, qui avait envoyé un courrier et le livre Molière l’Occitan à la Ministre de l’Education Nationale, vient de recevoir une réponse. Elle est plutôt positive. Auparavant, pour toute approche d’une langue régionale dans une classe, il fallait des autorisations voire l’accord des parents d’élèves. Nous sommes maintenant dans une voie de travail autonome de l’enseignant. Il faut, donc, se réjouir de la phrase suivante : "La possibilité pour les enseignants de recourir aux langues régionales dans leur enseignement est élargie aux enseignements du second degré, et ceci pour l’ensemble des apprentissages, tout en garantissant le caractère ponctuel de cette utilisation". Ils peuvent, donc, étudier la pièce de Molière "Monsieur de Pourceaugnac" en toute indépendance. Le tout dernier paragraphe pourrait être intéressant. Nous avions demandé que le MEN fasse publicité de ce livre dans les CNDP, CRDP et CDDP. Il faut attendre la décision de la Directrice Générale de l’Enseignement Scolaire.
Amicalement.
Claude Assémat


CREO : Centre de recherche pour l’enseignement de l’occitan hors les académies du domaine historique de la langue.


Lettre du MEN page 1
Lettre du MEN page 2

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